Interview : Diagnostic stratégique, évitez qu’il reste lettre morte !

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Le diagnostic stratégique est une démarche importante pour l’entreprise qui consiste à analyser la situation en interne et externe afin d’identifier les éléments qui peuvent influencer son activité. Les conclusions tirées de ce diagnostic permettront de dégager les forces et faiblesses de l’entreprise ainsi que les menaces et les opportunités à saisir. Cependant, la mise en pratique de ces recommandations fait parfois défaut. Éclairage de Farid Yandouz, Change & Transformation Consultant, General Manager iCompetences.

Éco-Conseil : Pourquoi faire un diagnostic stratégique de l’entreprise ?
Farid Yandouz : La majorité des diagnostics stratégiques et des études sectorielles produisent des recommandations à partir de démarches bien structurées et alliant benchmarks et analyses aussi bien quantitatives que qualitatives. Les plans d’action découlant de ces recommandations sont souvent construits selon plusieurs approches qui demandent une implication et une cocréation avec les parties prenantes des projets de transformation (business, activité, carences, pérennité…). Malgré leur pertinence, ces plans d’action restent souvent sans suite tangible et viable, en l’absence d’engagement et d’implication, à cause de la résistance au changement.

Comment justement éviter que ce diagnostic reste sans effet ?
Le changement initié par les plans d’action stratégiques peut concerner la culture, le fonctionnement, les compétences, les outils, le management ou toute autre composante des dynamiques régissant l’entreprise. Il est important que les recommandations des diagnostics stratégiques soient renforcées par une démarche d’accompagnement du changement autour de plusieurs leviers déployés par les experts en la matière. Ce travail devrait être amorcé avant la fin du processus de diagnostic stratégique afin de permettre une meilleure customisation des actions et assurer la faisabilité et l’efficacité de leur implémentation dans les étapes ultérieures.

Quelles sont les étapes à suivre pour réussir son diagnostic ?
C’est un processus qui doit respecter les phases suivantes :
• Phase 1 : diagnostic stratégique.
• Phase 2 : élaboration et implémentation des plans d’action.
• Phase 3 : évaluation et déploiement de l’amélioration continue.
• Phase 4 : Accompagnement au changement : cette démarche doit démarrer à la fin de la première phase, puis coexister avec la deuxième et la troisième et se poursuivre après.
Cette dernière étape est donc primordiale…
La phase d’accompagnement au changement est généralement constituée d’une démarche synthétique s’articulant autour de trois piliers incontournables :
• Étude de préparation du changement : études d’impact, définition des relais, analyse de l’influence des parties prenantes, développement de l’argumentaire et de la stratégie du changement.
• Engager le changement : codévelopper la vision opérationnelle du changement, établir et entamer un plan de communication par sensibilisation des parties prenantes…
• Réaliser le changement : mise en place de workshops de traitement des obstacles au changement (processus, critères de performance, culture, compétences…), gestion des focus groupes pour le traitement des résistances, déployer un plan de formation autour des résistances, communiquer autour des quick wins du changement, ancrer le changement à travers du micro-coaching des managers intermédiaires.
Ces piliers assurent un déploiement efficace des actions découlant des diagnostics stratégiques tout en assurant une meilleure adhésion des parties prenantes à la résolution des carences et l’amélioration des performances !

Les Ingénieurs en manque d’Ingéniosité?

L'’Ingénierie en manque d’Ingéniosité ?

Tout en étant au centre du confort de notre existence et celui des générations futures, l’ingénierie fascine, rationalise et transforme. Les ingénieurs occupent et occuperont, en effet, un rôle prépondérant dans les réalisations de l’humanité. Ceci dit, n’avons nous pas besoin de plus d’ingéniosité dans les démarches d’ingénierie ou, au mieux, devons nous être plus dans de l’ingénierie ingénieuse que dans la prépondérance de l’ingénierie rationnelle?

L’ingénieux est le caractère de celui qui possède un esprit inventif, ou qui trouve aisément des solutions appropriées à une situation quelconque (Larousse). Il ne s’agit pas nécessairement d’une qualité de tous les ingénieurs et de toutes les démarches d’ingénierie. Ces dernières sont souvent articulées autour de la rationalité mathématique, de la démarche scientifique, et de la modélisation, mais négligent l’ingéniosité à travers les procédés de la créativité.

Chacun des quatre leviers de l’ingénierie (rationalité, sciences, modélisation et ingéniosité) est important, mais ne devrait pas prendre le dessus sur les autres. Ceci dit, les trois premiers leviers sont souvent plus dominants par rapport au dernier. L’ingénierie est surtout dominée par la rationalité, la logique, la raison et la démarche mathématique qui s’imposent devant la créativité et bannissent l’intelligence émotionnelle et l’intuition. Ce constat, dit ou non dit, est unanimement planétaire et reste une croyance qui cloisonne, conditionne et limite l’apport des ingénieurs face aux problèmes ou les situations qu’ils doivent solutionner. La rationalité et la raison ont leurs limites, elles cherchent souvent à construire un monde meilleur, alors que l’ingéniosité ambitionne de créer un monde plus beau !

Afin de sortir de ce cloisonnement, Il faudrait simplement repenser le paradigme de la formation des ingénieurs, puis de celui de la gestion de nos attentes par rapport à ces derniers. Les ingénieurs, dans le monde entier, sont sélectionnés parmi les ‘meilleurs’ et les ‘bons’ mathématiciens. Le moule des mathématiques renforce la rationalité mais ne renforce pas forcement l’innovation et la créativité. Pourquoi ne crée-t-on pas des filières d’ingénierie pour les historiens, les décorateurs et les littéraires ou d’autres exemples de spécialités? Ces disciplines, et d’autres, ne sont-elles pas plus productrices d’ingéniosité ? La réponse est certainement, OUI … Elles le sont ! Steve Jobs l’a si bien dit quand il a insisté que si le Macintosh a si bien réussi, c’est parce qu’il est l’œuvre d’artistes, de zoologues et d’historiens qui se sont révélés d’excellents informaticiens.

Nous continuons à former des ingénieurs en uniformisant leurs états de pensée par la rationalité des processus et des méthodes. Il ne faut pas s’étonner de ne pas voir des résultats extraordinaires en suivant les mêmes méthodes ordinaires. Au delà de la formation initiale, la problématique de l’ingéniosité est aussi une question de savoir faire managérial. Promouvoir une culture d’ingéniosité au sein des équipes d’ingénieurs par le biais des méthodes et des stratégies d’innovation est une responsabilité des managers à tous les niveaux. Les attentes des parties prenantes par rapport aux ingénieurs devrait aussi intégrer plus de valeur ajoutée créative et non uniquement des livrables formalisés. Ceci permettra à l’entreprise de créer des produits et des services pour un monde plus beau, et non seulement plus rationnel !