Le miroir social : L’épée à double tranchant

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En étant une épée à double tranchant, le miroir social ne dégage pas une image mais des reflets nuancés qui méritent souvent notre méfiance. Le miroir social informe et déforme, enseigne et renseigne, ment et dément !

Vous vous réveillez en bonne forme, vous vous habillez selon ce que vous aimeriez vraiment, vous arrivez sans trop de complication logistique au bureau, et là, vous croisez un collègue que vous avez l’habitude de voir, mais qui n’a l’habitude d’apporter aucun jugement à votre égard … sauf ce matin là! La première remarque qu’il vous fait, est-ce que ça va? Vous apparaissez fatigué? Je vous vois pensif … Je peux faire quelques chose pour vous ? Bien que tout va bien de votre côté, selon vous, vous recevez un reflet de votre image que nous n’attendez vraiment pas. Là vous commencez à vous demander si les gens excellent tellement dans la lecture entre les lignes alors qu’ils ignorent lire ce qui est sur ces lignes. En d’autre terme, vous avez l’impression que les gens de votre entourage essayent tellement d’interpréter vos actes et votre allure au ‘second degré’ tout en oubliant le ‘premier degré’ et ce que vous êtes ou ce que vous faites intentionnellement.

Ceci dit, le miroir social n’est pas uniquement et tout le temps maléfique ; Il peut être constructif. L’exemple classique est relatif à nos propres traits de personnalité. Souvent, vous agissez dans une situation donnée d’une certaine façon, et dès lors, quelqu’un de votre entourage rétorque immédiatement, en disant que vous réagissez tout le temps de la même manière. Ceci vous surprend, et vous répliquez que c’est la première fois, et là, à votre surprise, on vous donne l’historique de certaines réactions qui prouvent effectivement que vous réagissez de cette manière. Après tout, on a plus d’habilité à identifier la personnalité d’autrui que de cerner la nôtre. Il ne faut surtout pas s’étonner quand on se fait surprendre par rapport à des reflets du miroir social. Il est tout à fait normal que nous ne pensions pas à ce que ce miroir reflète. Ce type de constat est constructif car il vous fait mieux appréhender votre personnalité.

Le miroir social reflète notre leadership à condition que notre posture soit transformatrice. Si vous continuez à le contempler avec docilité, vous pouvez éventuellement vous changer, mais non vous transformer; vous pouvez satisfaire votre entourage, mais non vous épanouir ! Ce qui est sûr, c’est que si vous subissez votre miroir social, vous ne pouvez être que suiveur et non leader.

Dans plusieurs circonstances, l’effet du miroir social crée les ‘suiveurs’ à travers le confort de l’inertie qu’il peut dégager. En effet, Il est fascinant comment l’individu se laisse aller dans des comportements irrationnels et qui vont à l’encontre de ses valeurs juste parce que son entourage le fait. Des expériences sociales de plusieurs scientifiques, à l’instar de Solomon Asch, prouvent ces propos et confirment l’absurdité des comportements des individus soumis à l’influence sociale quand on les met dans un groupe, en contraste avec leur rationalité qui prévaut quand ils sont pris seuls.

Construisez et challengez votre miroir social et vous allez renforcer votre leadership personnel et interpersonnel. Ceci est certainement le fruit de deux victoires que Steven Covey distingue clairement dans son ouvrage: Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent. Il s’agit de la victoire privée et la victoire publique, sachant que la première précède la deuxième. La victoire privée est le résultat d’un travail sur soi pour se détacher de la dépendance et aller vers l’indépendance à travers la proactivité, la vision et la priorisation. L’indépendance n’est pas un objectif ultime car nous devons tirer le mieux de nos relations sociales et créer un environnement interdépendant qui, lui même, nous fait parvenir à la victoire publique. Ceci est le fruit de notre capacité à changer nos habitudes vers un état d’esprit gagnant-gagnant ainsi que vers plus de synergie et d’écoute d’autrui !

Se ressourcer, ce n’est pas seulement une question de vacances !

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La monotonie du travail, les micro-problèmes interminables, et les nombreuses priorités non prioritaires font de nos journées un terrain fertile de stress et de surmenage. S’offrir un break, un weekend prolongé, ou des vacances sont des occasions pour se reposer. Ceci dit, il ne s’agit pas d’opportunités sûres pour se ressourcer convenablement.

La raison est que, souvent, notre attention n’est que sur une des dimensions de notre fatigue. Il s’agit de celle relative à notre corps qui ne suit plus notre rythme journalier et qui nous signale son malaise à travers des manifestations aiguës et décelables physiquement parlant. Par contre, nous négligeons ou /et nous nous ne rendons pas compte des dimensions psychologiques et mentales qui se fatiguent d’une façon chronique et que nous n’arrivons pas à déceler que quand c’est relativement trop tard !

Se ressourcer convenablement est une question de philosophie permanente et non d’une opportunité temporaire (Vacances, break, weekend…). Quand nous sommes dans l’engrenage des responsabilités journalières, nous nous promettons les prochaines vacances pour nous reprendre en main, et puis quand les vacances sont là, nous stressons pour que ça se déroule bien ou nous restons attachés à ce qui nous attend à notre retour ! Il faudrait comprendre que le ressourcement ne demande ni vacances ni break ! Le processus de reprise d’énergie demande une hygiène quasi journalière à travers la qualité de notre vie au sens psychologique et mental.

Différentes occasions journalières sont bonnes pour (re)dynamiser les dimensions de notre personne et de déstresser. La nature en offre une multitude ! Prenons un exemple … Permanent de part son omniprésence, le ciel est un espace qui fascine! En journée, en soirée, au milieu de la nuit, nuageux, gris, clair, ensoleillé, sa grandeur et sa beauté font de lui un espace de contemplation incontournable qui nous attire et nous intrigue. Combien de fois projetez-vous votre regard au dessus de vous dans un moment de contemplation du ciel et ce qu’il comporte en terme de détails, complexité, globalité, et d’imprévisibilité tout en laissant libre cours à votre imagination? La réponse, est malheureusement, rarement … si ce n’est presque jamais !

Sans que vous soyez expert de la méditation, contempler les merveilles de la nature est une source d’inspiration qui vous incitera à retrouver le charme des envies au lieu de vous confiner à la servitude des besoins. Nous ne profitons que rarement de la nature pour réveiller l’énergie d’exploration qui dorme en nous. Il faut aussi et surtout se dire que nous n’exploitons que peu nos sens et la façon qu’ils interprètent notre entourage et nos expériences sensorielles. Maintenir l’éveil des sens à travers la contemplation de la nature est une source incontournable de l’inspiration et de la motivation qui vous permettent de vous ressourcer en permanence.

Apprendre à Apprendre- Vers le Pouvoir du Savoir !

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Il y a quelques jours, et en attendant un RDV avec un client, je me suis permis de prendre un café dans une terrasse au centre ville de Casablanca. Des minutes de dégustation ont été interrompues par une scène à apparence triviale. Un bonhomme dans ses 50aine est entrain de déposer une demi douzaine de livres par table dans ledit café, puis laisse une dizaine de minutes aux personnes de chaque table pour feuilleter les livres s’ils le souhaitent. Dans une société massivement désintéressée par la lecture, la démarche est inédite! Non seulement parce que nous ne voyons pas souvent ce type d’approches ‘intellectuellement commerciales’, mais surtout parce que plus de la moitié des gens ont joué le jeu et ont acheté un ou plusieurs livres pour eux mêmes, ou ont justifié qu’ils vont les offrir à leur conjoint, ou leurs enfants. Ceci démontre surtout que malgré un désintérêt globalement répandu pour les livres, il s’avère qu’une bonne majorité des gens sont bien convaincus de la valeur de la lecture et la nécessité de redresser la barre de cette carence sociétale. Il faut saluer la démarche du bonhomme et encourager ces types d’approches qui permettent de rappeler aux gens que la lecture est essentielle pour leur santé intellectuelle qui assure la survie de leur talent à travers le savoir.

Le savoir est le pouvoir. L’expression est souvent utilisée et même sur-utilisée, mais rarement bien utilisée. De quel pouvoir s’agit-il? Il ne s’agit pas forcement du pouvoir dans le sens d’exercer une autorité sur les personnes, mais plus le pouvoir sur sa propre personne. Celui de comprendre, d’apprendre, puis d’entreprendre une action ou une mission, ou bien défendre une cause! Comprendre ce qui nous entoure afin de mieux réagir et le faire agir. Et c’est bien là l’art de l’influence! Le savoir n’implique pas l’influence unidirectionnelle mais implique certainement l’influence bidirectionnelle et mutuelle. On réagit à une chose, à une information, à une conversation, ou à une attitude qui réagit, certainement et tôt ou tard, à son tour à notre réaction qui transformera la notre. C’est dans cette dynamique que le savoir transforme le sujet et l’objet du pouvoir et de l’expérience.

Dans la quête du savoir, l’expérience et l’acte d’expérimentation sont primordiaux s’ils sont utilisés constructivement. Il faudrait avoir le courage d’apprendre avant d’entreprendre pour éviter la précipitation. En effet, n’essayez pas d’essayer avant d’apprendre à apprendre ! Savoir qu’on ne sait pas est le début du savoir. Se poser les bonnes questions, lire, investiguer la vérité absolue, relative, et même la fausse vérité. Il est impitoyable pour la santé intellectuelle de se confiner à l’expérimentation aveugle ou au confort et à l’inertie de la paresse.

Je suis amené à recevoir parmi les participants aux séminaires que j’anime des cadres ayant plus de 25 ans d’expérience professionnelle. Je suis souvent très admiratif de leur parcours et leurs expériences impressionnantes dans leurs domaines respectifs, et je me trouve séduit pas la passion d’apprendre dans leurs yeux qui me motive souvent à innover dans les méthodologies et à toujours chercher à sortir des paradigmes répandus avec des approches nouvelles afin de créer de la valeur pour mon auditoire. Je suis souvent émerveillé par le résultat, en terme de contenu, qui est toujours évolutif et qui dépend de la matière collective et non seulement la mienne. Je sors souvent de ces expériences avec beaucoup d’apprentissage et des challenges qui animent la continuité de mes travaux de recherche.

Apprendre à apprendre est aussi une question d’humilité. L’humilité de comprendre que ce que l’autre peut apporter mérite la considération. La considération du point de vue, du talent et du capital intellectuel qui fait que nous nous enrichissons ensemble. Il ne s’agit pas de prendre le meilleur et de l’utiliser, mais plus de co-créer le meilleur et d’en bénéficier ensemble. Cet état d’esprit existe et surgit d’un changement personnel et collectif qui met le partage, l’engagement et les valeurs au centre de votre leadership, au lieu de le confiner à un cercle vicieux du pouvoir qui s’acquiert avec le secret de l’information, qui légitime sa propre présence !

Un extrait de cet article est paru en tant qu’interview dans l’édition du 3/5/2016 du Matin, le premier quotidien du Maroc

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